Quand Fairuz a chanté pour Ziad !
Pendant des années, j’ai cru que Kifak Enta était une chanson d’amour.
Une de ces chansons où Fairuz, avec sa voix pleine de nostalgie, s’adresse à un ancien amant.
« Kifak enta ? » — Comment vas-tu ?
Je l’ai toujours entendue comme un murmure à quelqu’un du passé, une vieille histoire d’amour, simple, douce, un peu triste.
Et puis un jour, je tombe sur une interview de Ziad Rahbani, son fils.
Il racontait l’histoire de cette chanson.
Et soudain, tout ce que je croyais savoir sur Kifak Enta a changé.
Ziad explique qu’à l’époque, il avait quitté le Liban pour se marier — un départ un peu précipité, sans même prévenir sa mère.
Des années ont passé, sans vraie communication entre eux.
Puis, à son retour à Beyrouth, le hasard a voulu qu’ils se croisent.
Fairuz, émue, le regarde et lui dit cette phrase simple, presque banale :
« Kifak enta ? 3am y2oulou sar 3endak wlad w ana mfakkertak barrat el blaad. »
(Comment vas-tu ? On dit que tu as eu des enfants, et moi je te croyais encore à l’étranger.)
Cette scène l’a bouleversé.
Il en a gardé la phrase, cette émotion suspendue entre pudeur et tendresse, et il en a fait une chanson.
Une chanson qu’il a écrite et composée pour elle.
Quand il la lui a présentée, Fairuz aurait d’abord demandé en souriant :
« Haydé chou baddna na3mil fiyaa ? »
(Qu’est-ce qu’on va faire de ça ?)
Mais elle a fini par la chanter — quatre ans plus tard.
Et c’est ainsi qu’est née Kifak Enta : non pas une chanson d’amour, mais une chanson de retrouvailles.
Pas une lettre à un amant, mais le dialogue silencieux d’une mère et de son fils après des années d’éloignement.
Depuis que je sais ça, je ne peux plus l’écouter de la même façon.
Chaque note porte autre chose : un passé, une distance, une pudeur.
C’est une chanson qui parle d’amour, oui — mais d’un amour plus profond, celui d’une maman à son fils.
Post-scriptum
Après avoir partagé cet article, une discussion sur Facebook m’a poussée à revoir l’interview de Ziad Rahbani avec Dima Sadek.
J’y ai appris que Kifak Enta n’était pas inspirée par sa mère, mais par une ex.C’est drôle comme une chanson peut changer mille fois de visage.
Peut-être que c’est ça, la force de Kifak Enta — chacun y reconnaît quelqu’un qu’il a perdu.
🎧 Écouter la chanson — Fairuz – Kifak Enta
📝 Les paroles complètes
Tezkor aakher marra cheftak senta ?
Tu te souviens de la dernière fois qu’on s’est vus, cette année-là ?
Tezkor wa2ta aakher kelmi 2elta ?
Tu te souviens de ce que tu m’as dit, ce dernier mot ?
W ma 3edet cheftak… W halla2 cheftak.
Et puis on ne s’est plus revus... Et maintenant, je te revois.
Kifak enta ? Malla enta…
Comment vas-tu ? Ah, toi…
Tezkor aakher sahra sherta 3enna ?
Tu te souviens de la dernière soirée qu’on a passée chez nous ?
Tezkor kaan fi we7di mdaaya2 menna ?
Tu te souviens, il y avait quelqu’un qui n’était pas très content de toi ?
Haydi emmi - bte3tal hammi…
C’était ma mère — elle s’inquiète toujours pour moi...
Mennak enta. Malla enta…
À cause de toi. Ah, toi…
Kifak ?
Comment vas-tu ?
2aal 3am bi2oulou Sar 3endak wlaad.
On dit que tu as des enfants.
Ana, walla kent mfakkertak barrat l blaad.
Moi, je te croyais encore à l’étranger.
2aal 3am bi2oulou Sar 3endak wlaad.
On dit que tu as des enfants.
Ana, walla kent mfakkertak barrat l blaad.
Moi, je te croyais encore à l’étranger
Chou baddi bel blaad ? Alla ykhalli l wlaad.
Mais qu’est-ce que j’ai à faire du pays ? Que Dieu te garde tes enfants.
Eh… kifak enta ? Malla enta…
Eh… comment vas-tu ? Ah, toi…
ByeTla3 3a baali erja3 ana wiyyak.
Parfois j’ai envie de tout recommencer avec toi.
Enta 7alaali, erja3 ana wiyyak
Toi et moi, recommencer.
Ana w enta. Malla enta…
Toi et moi. Ah, toi…
Tezkor aakher marra chou eltelli ?
Tu te souviens la dernière fois, ce que tu m’avais dit ?
Baddik Dalli, baddik fiki tfelli.
Tu voulais que je reste, mais tu disais que je pouvais partir.
Z3elt bwa2ta w ma 7allalta.
J’étais vexée à ce moment-là — je n’avais pas compris.
Enno enta, hayda enta.
Que c’était toi, toujours toi.
Terja3 3a raassi reghm l 3iyal, wel naas
Reviens, malgré les années, malgré les gens.
Enta l assassi w b7ebbak bel assass.
Tu restes l’essentiel. Et je t’aime, avant tout.
B7ebbak enta. Malla enta…
Je t’aime, toi. Ah, toi…
Terja3 3a raassi reghm l 3iyal, wel naas
Reviens, malgré les années, malgré les gens.
Enta l assassi w b7ebbak bel assass.
Tu restes l’essentiel. Et je t’aime, avant tout.
B7ebbak enta. Malla enta…
Je t’aime, toi. Ah, toi…
Hayda enta. Malla enta…
C’est toi. Ah, toi.
B7ebbak, enta.
Je t’aime, toi.



Je l’ignorais également. Beau texte et belles paroles.